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3700 km sur mon vélo, du nord des îles Shetland au Lot et Garonne, à travers l'Ecosse, l'Angleterre et la France .

WILTSHIRE, SOMERSET ET DEVON/ canaux, légende arthurienne, routes étroites et pentues, pastie, cidre et scones

Publié par Vincent Souyri sur 6 Juin 2013, 00:15am

De Calne à St Gennys à travers le Wiltshire, le Somerset et le Devon

De Calne à St Gennys à travers le Wiltshire, le Somerset et le Devon

Dans la campagne, un peu de country-folk

WILTSHIRE, SOMERSET ET DEVON/ canaux, légende arthurienne, routes étroites et pentues,  pastie, cidre et scones

Jour 34

 

CALNE-GLASTONBURY

( 86,5 km , 5h30 , TOTAL: 2015 km)

 

OBJECTIFS : Rejoindre la mythique tour de Glastonbury et sa population New-Age par les champs et les prés fleuris

Quelle belle journée ! Encore beaucoup de soleil et des paysages superbes dans les régions du Wiltshire et du Somerset. Je quitte Calne en forme et fonce vers Bradford-on-Avon, belle petite ville avec une jolie église, de vieilles et belles maisons, une rue des bouchers pittoresque ( The Shambles) et une petite rivière qui passe au milieu. Assez pour un petit arrêt. En sortie de ville, je passe par une sorte de petit port, d'embarcadère pour les péniches qui circulent sur le canal Kennet and Avon, qui relie Bristol à Reading. Dimanche midi, beau temps alors forcément il y a du monde à la table des quelques petits restaurants ou pub des lieux. Des promeneurs et des joggeurs. Et un français en cuissard. Moi. Je poursuis par la route en direction de Frome , que j'évite en passant par de jolis petits villages comme ceux de Rode ou Beckington.De belles maisons, toujours, mais tout est encore plus joli je trouve que dans les Costwolds. Là aussi les Porsches et les Ranges Rovers sont de sortie.Pas si simple de trouver mon chemin, j'arrête parfois un gars qui tond les gazon ou des retraités dans leur jardin. L'accueil est tout le temps très courtois. Je vais ensuite suivre des petites routes peu fréquentées vers Mells ( charmant village encore) jusqu'à Oakhill. Un peu le coup de fringale:pas un énorme petit-déjeuner et rien de bien consistant pour le repas de midi. Je m'arrête un peu crevé en bord de route avec mes bananes et mon pain spécial pour cyclistes avec moins de 3% de gras. Entre Oakhill et Croscombe les vues sont vraiment superbes sur les plaines vallonnées du Somerset. Route panoramique après quelques montées et superbe descente vers Glastonbury dont j'aperçois au loin la célèbre Tour. Peu de monde, routes très étroites, vaches couchées ( oui oui) dans les champs, fleurs, odeurs...une vraie campagne réjouissante. Un peu avant Glastonbury je rejoins une route cycliste officielle, la 3, qui passe vraiment par de très beaux endroits . En particulier une très longue route en ligne droite qui file au milieu des champs et de quelques petits canaux d'irrigation. Je vais ensuite un peu rallonger pour trouver un accès aisé à la Tour sur sa colline, me dirigeant à vue. J'arrive finalement à l'accès principal( début du sentier) que je reconnais à la présence de gens déjà un peu originaux : une gothique en sous-vêtement, un chevelu mi-berger mi-druide, un autre gars tors-nu, des photographes, des musiciens au milieu de touristes. Tout ce beau monde gravit en 10 minutes à peine le chemin qui mène à la tour. Pour une fois c'est gratuit. Je suis et double des gens qui peinent «  there is no ending » entends-je même. Moi je me sens ultra en forme malgré les 80 kilomètres dans les jambes. Impression de voler. Là-haut , après les pommiers ( Avalon Orchard) j'arrive à l'endroit mythique. Porte du pays des Fées (Avalon) , labyrinthe, endroit où se trouve le Graal...de nombreux mythes y sont associés. La vue est très belle et porte vraiment loin ( Wells et son abbaye, l'estuaire du Severn ….) en ce jour mais je ne ressens pas d'autres émotions cosmiques. En ville , à 5 minutes en vélo, on ressent l'atmosphère New-Age : magasins ésotériques, population un peu marginale avec musiciens qui font la manche, marginaux,le tout dans une ville qui serait simplement jolie mais banale sinon. Une belle abbaye aussi mais j'ai un peu la flemme de la visiter. Soirée tranquille chez Antony, grand gaillard un peu excentrique qui veut expliquer les opérations de base des mathématiques à l'aide d'origami. Étrange, je n'ai pas tout compris.

Tour  et abbaye de Glastonbury
Tour  et abbaye de Glastonbury

Tour et abbaye de Glastonbury

Jour 35

 

GLASTONBURY-BAMPTON

( 91,4 km , 5h36 , TOTAL: 2107 km)

 

OBJECTIFS : Rejoindre le Devon par un joli circuit ensoleillé le long des canaux, au milieu des fermes et des prairies fleuries.

 

Tout commence encore très bien ce matin. Soleil à 4h40, Nina Hagen à fond dans la maison pour se réveiller et voir Anthony mon hôte se transformer en ...vendeur de souvenirs. Le gars excentrique, barbu et très cool porte chaussures noires et chemise , son uniforme présentable . Faut bien gagner sa vie et les origamis appliqués au rectangle d'or ne payent pas trop encore. Certains marginaux du coin ont moins de chance.Je vais voir en entrée et sortie de ville quelques tentes cachées le long de la piste cyclable. Anthony me propose de le suivre dans l'abbaye de Glastonbury pour une visite privée un peu avant l'ouverture. Je dis bonjour à tous les collègues, gare mon vélo dans l'entrée de la boutique et commence ma visite en cuissard. Excellent moment. D'abord le site est très beau : un très grand parc, des mares avec des poissons et des canards, des parties totalement préservées où la nature s'exprime sans entraves, des ruines imposantes et en toile de fond, la colline avec la tour. Le tout baigné de légendes sur la tombe du roi Arthur par exemple, supposée en ces lieux. Je me balade au milieu des ruines qui témoignent de la grandeur passée de l'enceinte. La plupart des pierres servirent à construire d'autres bâtiment depuis mais il en reste encore pas mal debout. Impressionnantes cuisines bien conservées avec d'immenses cheminée.Petit musée bien fait avec chants monastiques en fond et tout ce qu'on veut savoir sur l'époque des moines et des bâtisseurs des lieux. Je vais aussi beaucoup apprécier la simple nature du parc. La prairie est laissée telle quelle avec des arbres fruitiers et des tas de fleurs colorées. Au milieu, des chemins tracés à la tondeuse. Le bruit des oiseaux, les odeurs et les couleurs me donnent le meilleur de ce que peut apporter la nature. On se sent apaisé et on n'a qu'une envie : avoir un tel jardin à la maison. Juste un banc et un livre et apprécier cette atmosphère si relaxante. Je repars de là rechargé par le courant végétal. Le circuit en vélo du jour sera aussi bien vert et tranquille. Par chance je vais suivre aujourd'hui une grande partie de la journée une route cycliste nationale , la 3. Elle me rallonge de pas mal de kilomètres mais le choix de l'itinéraire et le plaisir d'être guidé valent bien les efforts (relatifs) supplémentaires. Entre Glastonbury et Bridgwater la route passe par des paysages qui bizarrement me rappellent le Nord-Médoc. C'est plat, il y a des champs et des petits canaux d'irrigation. Les tracteurs ramassent le foin et les rapaces volent en cercle au-dessus des prairies fraîchement coupées à la recherche d'un repas facilement gagné. Des cygnes, des plans d'eau entre les canaux...oui, le Nord- Médoc. A Brigwater, je passe pas mal de temps à longer un canal pas très folichon, passant sous les autoroutes, rejoignant le centre avant de repartir le long du canal pour de longs kilomètres. C'est sans trafic et vraiment tranquille. Assez roulant mais non goudronné. Entre Bridgwater et Taunton, je longe un canal, peut-être le même, je ne sais pas, mais plus fréquenté, avec écluses et petits ponts, parfois même un endroit pour prendre un café en bord de l'eau. Très agréable. Cagnard dehors et toujours mon bonnet et mes gants pour me protéger. Dans Taunton, la grosse ville locale, je me retrouve dans le centre, cherchant mon chemin au milieu d'un joli centre-ville, passant devant le beau château près du musée du Somerset. Gratuit, assez rare pour le signaler mais je suis un peu loin de l'arrivée pour musarder. Ville qui semble agréable d'un premier abord. La fin du trajet jusqu'à Bampton, dans le Devon, sera plus vallonnée mais je tiens le rythme. J'accélère, je force parfois mais je sens que j'en ai encore sous la pédale. Après plus de 90 km je me sens encore assez frais. Incroyable comme on progresse en 1 mois. Paysages de collines vertes, des vaches et des moutons, des prairies fleuries et des champs de colza odorants. Mon département n'est pas aussi aussi fleuri au début de l'été, il l'était plus dans ma jeunesse, avec ces champs de coquelicots ou de marguerites mais je crois que cela tend de plus en plus à se faire rare. Peut-être les pesticides ou la décroissance du nombre d'abeilles ? J'arrive à Bampton dans la jolie petite maison de Maisie et Frank. Elle, artiste peintre et grande lectrice ( quelle bibliothèque!), lui, golfeur. Élégante maison avec le beau jardin fleuri, la serre et l'atelier de peinture. Ils me reçoivent royalement ( excellentes pâtes aux fruits de mer). Encore une journée de pur plaisir. Liberté totale, rencontres, nature, effort physique, confort. Je suis comblé sur tous les plans.

Linguine ai frutti di mare

Linguine ai frutti di mare

Jour 36

 

BAMPTON-MORETONHAMPSTEAD

( 62,4km ,4h34 , TOTAL: 2170 km)

 

OBJECTIFS :Rejoindre le parc national de Dartmoor par des routes étroites, isolées et très, très pentues.

 

Après ma superbe nuit dans ce qui pourrait être un vrai BnB je partage un très bon petit-déjeuner avec du « organic bacon », lisant The Guardian et écoutant les news à la BBC. Famille très intéressante, cultivée et Maisie, en plus d'être une artiste (http://www.maisie-parker.com) est une sacré lectrice dont j'envie la collection de vieilles œuvres, la plupart inconnues pour moi. Je quitte la charmante maison et son jardin fleuri sous le soleil, très heureux de prendre la route dans ces conditions. Sur les conseils de Maisie j'achète au boucher une pastie( sorte de chausson avec de la viande hachée et des légumes) et du fromage , la Clotted Cream, spécialité du Dévon. En fait c'est vraiment une crème, très grasse que je vais manger à la cuillère comme on mange du beurre.Bof. Meilleur avec des scones, dans la purée ou les œufs brouillés par exemple. Une fois ravitaillé et enchanté de mon contact du 3ème type avec les vendeurs de produits locaux ( cela change du Tesco) je me mets en selle avec plaisir.

La journée sera très champêtre et vraiment très agréable.

Raison numéro 1 : le temps, toujours magnifique, et sa conséquence, la campagne qui explose de couleurs et d'odeurs, donnent à l'ensemble un air d'été qui est très agréable. Envie de chanter « A bicyclette » d'Yves Montand. D'ailleurs je ne m'en prive pas. Le plaisir simple de se promener sur les chemins, sous le soleil, en prenant son temps, sans stress. Intemporel. Mais j'avais aussi beaucoup apprécié l'ambiance hivernale du début dans les montagnes écossaises. Ce qui est gênant c'est vraiment la pluie ou une météo fade et incertaine.

Raison numéro 2:le trafic. Hormis quelques tracteurs et une affluence raisonnable sue les quelques portions de « grosses routes » j'ai eu le sentiment aujourd'hui d'avoir été un peu tout seul. Loin des rocades de Sheffield. Des champs et des oiseaux. C'est suffisant.

Raison numéro 3 : le trajet. Je vais me perdre parfois, me dirigeant avec le soleil ( si si) , demandant ma route....mais tout en savourant. Je savais l'étape relativement courte et avec ce temps je pouvais me permettre de musarder. Alors j'ai vraiment souvent pris les chemins les plus isolés et compliqués. Mettant par exemple beaucoup de temps pour rejoindre Tiverton pourtant toute proche. Les routes sont si agréables : étroites, sinueuses, bordées de végétation. L'impression de gravir un col de montagne à l'ouverture, en juin, quand la route se fraye un chemin dans la tranché ouverte par le chasse-neige. Ici c'est une quasi ouverture goudronnée dans le végétal. Pas de trottoirs mais des orties pour me frotter les jambes et les bras. Juste la place pour une voiture et attention aux virages sans visibilités. Passer par des fermes isolées, des ponts, gravir des collines de plus en plus hautes surtout en arrivant dans les environs du parc de Dartmoor, chercher son chemin...Tout est très ludique et j'apprécie beaucoup.

Raison numéro 4 : le plaisir physique. J'ai du gravir aujourd'hui les plus grosses pentes de ma vie. 20% d'après les panneaux et sur de longues portions. Monter droit, descendre sur les freins (qui faiblissent) , monter droit....la route ne fait pas trop de lacets ici et c'est parfois impressionnant. Il y a une côte en particulier, je suis sûr qu'en temps normal à Dausse, vélo léger, je ne la passe pas. Ici, chargé, après 50 kilomètres, alors que les locaux m'annonçaient que j'allais devoir pousser....cela passe. Avec patience et volonté je me rends compte que je passe partout et que mes performances ont vraiment progressé après ces 2000 kilomètres. Je me dis que c'est peut -être le moment de tenter un 6000 m en rentrant ou pourquoi-pas de traverser les Pyrénées par les cols. L'impression rare à mon âge d'avoir de la dynamite dans les jambes. Grisant.

J'arrive en pleine forme dans la petite ville de Moretonhampstead, sans trop de coups de soleil et rejoins ma famille du soir, un jeune couple juste marié. Un couple squatte un canapé ( restes de la dernière soirée). Bonne atmosphère, des vaches paissent sous ma fenêtre, un verre de cidre. Tranquille.

 

Achat de confiture sans vendeur, Moretonhampstead

Achat de confiture sans vendeur, Moretonhampstead

 

Jour 37

 

MORETONHAMPSTEAD-ST GENNYS

 

( 81,6 km ,4h43 , TOTAL: 2250 km)

 

OBJECTIFS :Traverser le Devon et rejoindre la dernière région de ma partie anglaise:les Cornouailles

 

Ce matin, je me lève ne sachant pas où dormir le soir. Malgré mes efforts d'organisation et le temps passé derrière l'ordinateur chaque jour ( vraiment trop) je suis toujours en attente de réponses positives. Rien de neuf ...donc je vais devoir pendant le petit-déjeuner trouver un plan B. Je pensais en avoir un mais la ville qui possédait l'auberge de jeunesse pas chère était pour la cité homonyme australienne ! Un peu dépourvu j'en suis à chercher des BnB à 30 ou 40 pounds quand je trouve un lit dans un dortoir pas loin de la côte, une dizaine de miles au nord de Tintagel, ville que je ne veux pas manquer. Plus de 80 km et environ 800 mètres de dénivelé positif, je n'avais pas prévu ça mais le petit défi physique du jour ne m'inquiète pas trop. Rajouter deux tartines à la grosse assiette, que dis-je , au saladier de lentilles que je me suis préparé et cela devrait suffire. Pas envie aujourd'hui de passer par les chemins buissonniers, je vais suivre un peu tête baissée les grands axe qui seront quand même très agréables et peu fréquentés. La première partie de l'itinéraire me fait longer le nord du parc national de Dartmoor. J'y retrouve l'aspect des collines pelées du début du séjour et des coins sûrement très sauvages que j'arpenterais un jour peut-être à pied. Passage à Okehampton, où je ne passe pas inaperçu au milieu des gens en tee-shirt prenant le soleil. Moi même, je me fais rire en voyant ma tête de marin sauvage dans le reflet de quelques vitres. Barbe et tête de bûcheron sur un corps tout fin de cycliste en cuissard moulant. Et aussi agile pour m'arrêter qu'un albatros pour se poser. Toujours en léger déséquilibre. Mes tibias et mollets sont pleins de blessures, toutes à l'arrêt, dues aux nombreux retours de pédales ou aux chutes du vélo bien chargé. Petite frayeur aujourd'hui lorsque j'ai perdu ma carte en roulant dans une grande descente. A fond sur les freins, le vélo s'est mis à chasser...Plus trop confiance en eux, seul le frein arrière marche correctement. Suffisant pour rouler mais en cas de freinage d'urgence... je suis bon pour la casse. La route se poursuit et alterne côtes et descentes. Pas si terrible que ça finalement car assez régulier. Jolie petite ville de Launceston, avec son château et quelques vieilles pierres. Je n'ai pas la tête à m'arrêter. Difficile en mode routier de faire des pauses. Trouver un bon endroit pour appuyer le vélo, sortir l'antivol, espérer qu'on ne me vole pas les sacs etc...Une fois sur le vélo, j'avance et m'arrête peu. Un peu avant l'arrivée à St Gennys, je craque dans le petit shop le long de la route et me jette sur une glace faite à partir de produits locaux dans une ferme proche et sur une bouteille de soda avec écrit en gros dessus « glucose ».Je m'avale le tout avec délectation, je le mérite bien après mes 80 kilomètres en plein soleil. Même un soleil anglais peut assommer à la longue. J'arrive assez frais dans la communauté de Tarley Farm, un peu avant St Gennys dans laquelle je vais passer la nuit dans un coin d'une grange aménagé rustiquement en dortoir. Ambiance hippie dans le coin avec la vingtaine de gens vivant ici avec leur projet de vie proche de la nature, cultivant la terre et partageant des idéaux. Le repas est servi à 18h30 et j'y suis convié pour une somme modique. J'avoue que ce soir je veux être seul et tranquille. Après beaucoup beaucoup de soirées en Couchsurfing, je veux juste ce soir me retrouver avec moi-même et autrement que sur mon vélo. Le canapé m'attend.

 

Vers le parc national de Dartmoor

Vers le parc national de Dartmoor

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