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3700 km sur mon vélo, du nord des îles Shetland au Lot et Garonne, à travers l'Ecosse, l'Angleterre et la France .

CONCLUSION

Publié par Vincent Souyri sur 27 Juin 2013, 14:01pm

3700 km à vélo, le trajet total

3700 km à vélo, le trajet total

  

Quelques chiffres :

  • 3762  km à vélo
  • 70.1 km par jour en moyenne
  • 55 nuits dont  43 chez les gens (39 familles différentes), 7 en hostel, 2 dans les ferrys, 2 dans les camping böd, 1 dans un BnB
  • 15.9 km/h de moyenne
  • 2 insultes sur les routes
  • 1 animal écrasé devant mes yeux
  • 0 crevaison
  • 0 chute

 

BUDGET  (1060 euros) hors matériel

 

  • 125 euros pour le  vol TLS-ABERDEEN + 40 pour le supplément   bagages
  • 763  euros en Grande-Bretagne  (dont Ferry Aberdeen –Shetland 40.7 euros et Ferry Plymouth-Roscoff  57 euros)
  • 135 euros en France

  Tant de choses vécues, tant de paysages admirés, tant de rencontres, tant d’heures à rouler dans ses pensées et à la fin...que reste-t-il ?

J’aimerais articuler ma conclusion sur  4   grands thèmes  à chaque fois illustrés  par une pensée dont j’aperçois un peu plus la portée :

-La servitude volontaire et  l’illusion de liberté

Je sais bien que définir la liberté comme la possibilité de faire, de penser  ce que l’on veut est bien  naïve. La vraie liberté, dans notre esprit,  devant être plutôt la capacité de faire ou subir  ce que l’on n’aime pas,  sans souffrir.

Je reste ici naïf car j’ai eu vraiment le sentiment de n’avoir jamais été aussi libre. Du moins sur le vélo, précision importante.  Passer ses journées à aller où on veut, se faufiler au milieu du trafic, s’arrêter où bon nous chante, manger, se reposer quand le corps le demande, chanter sur les chemins...Assez rare non ? A l’autre bout, pourtant,  cette liberté m’a aussi rendu esclave de ces technologies chronophages qui m’accompagnent et font partie de ce voyage. Passer quasiment tous son temps libre à trouver du temps pour organiser l’hébergement du lendemain. C'est-à-dire : étudier les cartes pour trouver une étape faisable, trouver des gens capables de m’héberger, leur écrire, attendre les réponses, organiser la rencontre. Une fois l’hébergement trouvé, passer ses soirées à socialiser, à questionner, à écouter, à parler....A ceci je rajoute l’écriture d’un blog, le classement des photos, des vidéos. Un voyage à deux têtes. La partie vélo semble être  la partie émergée de l’iceberg. La pause en plein air.  Le plaisir et le relâchement des journées s’appuient sur l’énorme travail en amont pour l’organisation. Je rentre bien plus fatigué par cette partie informatisée que par le travail de mes jambes. Ma liberté, mon confort mental, ma quiétude sur le vélo ont un prix et demandent beaucoup d’efforts. Mais cela fait bien longtemps que je sais que la facilité n’est pas souhaitable et que je saurai toujours augmenter ma dose de  bonheur en accord avec les efforts consentis pour y arriver.

Trouver 39 familles pour se faire héberger. Travail colossal mais comment pourrais-je souhaiter une tente tout seul, un hôtel silencieux ? Ma façon de voyager demande beaucoup de travail mais je n’ai pas la solution pour rencontrer autant de personnes sans rien faire, juste en sifflant sur ma bicyclette. En connaissez-vous une ?

"Il faut faire vite ce qui ne presse pas pour pouvoir faire lentement ce qui presse."

Proverbe chinois

 

- VIVRE, tout simplement

 

Quoi de mieux que l’itinérance sans errance ? Le projet (arriver au nord, au sud, rentrer chez soi...) comble la partie désorientée de mon esprit. La boussole intérieure se règle pendant 2 mois. Quel apaisement de rouler pour un but ! Contre les heures à procrastiner devant sa télé ou son ordinateur, des heures à avancer et à écrire une belle page de sa légende personnelle. Que le but soit vain ou pas, il est là et me cadre.

Traverser ma vie les yeux ouverts. Tout défile sur un vélo, le paysage comme les idées, les souvenirs comme les projets, le présent, le passé, le futur, ses manques, ses doutes. Non pollué , enfin moins pollué, par les addictions et l’aveuglement de nos vies  routinières, on y voit clair.  On part chargé de poids inutiles dont on se déleste au fil des kilomètres. On ressent ce qui nous manque, ce qui nous freine, ce qui est superflu, ce qui est indispensable.  Pour arriver rapidement à la réflexion toute simple «  aujourd’hui je vis vraiment ». 
Une sensation  si difficile à atteindre dans sa routine. Filer sur le vélo au milieu de nulle part, penser à ceux qui souffrent au travail, dans la maladie, dans la vieillesse. Se sentir tellement vivant et boulimique de vie. Faire le plein de ce bonheur rare, de santé physique et mentale, pour les mauvais jours qui arriveront avec le temps, sûrement.  

Etre acteur du film de sa vie.  Le film de ma vie dure des heures  et je ne me lasse pas d’y jouer mon rôle. Certains ne voient sûrement que les réclames, que l’entracte, d'autres des arrêts sur image, voire  des ralentis. Je me sens acteur-réalisateur-scénariste d’un film qui me plait. Je m’oscarise en permanence pour mes choix. Au casting : des paysages superbes, des tas de rencontres et la musique du bonheur en bande-annonce.

 Petite réflexion sur la relativité du mouvement. En voyage, derrière la vitre d’un bus ou d’un train, le paysage défile devant nos yeux et  l’on se voit immobile. En vélo, si je ne fais rien, le paysage m’attend. Mon esprit commande aux jambes un travail musculaire et je me sens alors  bouger par rapport à ce monde fixe. La nuance est importante. Plus encore qu’en marchant. La marche est bien trop lente pour penser au mouvement. En vélo je me sens arpenter le monde, je me sens encore plus acteur que spectateur et c’est une sensation nouvelle pour moi.

"Le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre."

Victor Hugo

- De l’importance de faire son projet à petits pas : courage ou patience ?

 

Beaucoup de personnes rencontrées et  forcément des tas de commentaires sur mon périple. Un mot revient souvent, quasi systématiquement : le courage. « Bravo ! » « Vous êtes courageux. » « Bon courage ! » « Il en faut du courage. » Et à chaque fois ma même réponse. Non le courage ne fait pas partie de mes bagages. Exigence, ténacité et surtout patience sont je pense plus appropriées. Souhaitez-moi de la patience !  Etre courageux nécessite un danger,  du moins un risque. Il y a bien  le danger de se faire renverser, chose qui ne dépend pas de moi si je fais ce qu’il faut,  et donc qui ne doit pas me perturber.  Il y a aussi le risque d’échouer dans sa tentative et de blesser son ego. J’ai du croire 1 minute au début que je n’y arriverais pas lors de la première côte ...mais c’est bien tout. Aucune crainte de ne pas finir. Le courage est peut-être juste en amont. Le jour où on se lance le défi. Le courage de tenter quelque chose de nouveau et d’aventureux à son niveau. J’expliquais souvent aux gens que   ce n’est qu’ un jour de vélo puis un autre ...55 fois. Je ne déplace pas un mur de brique  mais si je le casse en 10 000 morceaux et que je suis patient et tenace, je peux le faire. Si je réalise ce que sont 3700 km (plus que le diamètre de la Lune, plus d’un tiers du transsibérien, presque 1/10 de la circonférence terrestre)   je bloque face au découragement  qu’imposent ces murs mentaux supposés infranchissables. Je suis parti en visant le jour suivant, en me donnant des objectifs réalisables : atteindre le nord des Shetland, arriver sur les Orkneys, voir mon ami Adrien à Edimbourg, arriver à York...etc...et ce jusqu’au bout. Etre myope pour aller loin. Voir à courte portée,  ne pas trop penser à l’arrivée et être patient.

« Le plus grand voyage commence toujours par le premier pas »

François de la Rochefoucauld

Ces réflexions m’amènent enfin  sur un autre plan, celui de la confiance en soi.

 

-Se consolider. S’appuyer sur soi pour aller plus haut. La confiance.

 

Comment ne pas parler de l’image de soi ? Celle qu’on renvoie et celle qu’on se dessine. Je suis parti dans la peau du débutant, celui qui voulait faire, je suis passé dans la peau de celui qui est en train de faire  et j’ai fini dans celle de celui qui a fini de faire. Le regard des gens et les commentaires ont vraiment changé durant ces 55 jours. J’ai toujours répondu aux mêmes questions : depuis quand êtes-vous parti ? Depuis où et pour aller où ? Et là, dans les réponses et les attitudes,  j’ai vraiment vu mon personnage évoluer. Il a même évolué plus vite dans le regard des gens qu’en moi-même. Il y a un décalage mais inconsciemment ou consciemment je ne vais pas tarder à me voir aussi d’un autre œil. Je me souviens, il y a quelques années, avoir regardé avec respect des cyclistes qui traversaient la Norvège en vélo. Ils me paraissaient alors dans un autre monde, des aventuriers très courageux. En tout ca je ne m’en sentais pas capable. Je viens de les rejoindre en  en douceur. J’ai grimpé un barreau de l’échelle. Il y a du monde au dessus de moi mais peu m’importe. Je suis chaque jour plus à ma place.

Comment ne pas revenir avec un surplus de confiance en soi ? Je n’en manque pas mais je viens de réaliser à mon échelle un gros morceau, au niveau de mon  Cotopaxi ou de mon agrégation. Et je ne me sens pas du tout à la limite. Au contraire, un monde semble s’ouvrir à moi. Et pas seulement sur un vélo. Je viens de réaliser une chose simple. Chacun à son rythme, avec nos capacités propres,  nous avons devant nous des projets qui nous font peur par leur ampleur. Je crois commencer à voir une manière d’éviter cette peur. Je comprends alors bien mieux cette dernière pensée qui sera la conclusion simple, claire  et définitive de mon voyage.

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles qu’on n’ose pas les faire. C’est parce qu’on n’ose pas les faire qu’elles sont difficiles »

Henri Gougaud

A méditer!

MATERIEL

-3 cartes Royaume-Uni

-2 guides du Routard Ecosse et Angleterre

 

Vêtements

-1 collant et un sur collant

-1 cuissard

-chaussettes  et gants étanches

-1paire de sous-gants

-1 slip  et 1 caleçon

-2 tee-shirts

-1 tee-shirt manches longues Eider

-1 bas et un haut Goretex

-1 jean + 1 ceinture

-1 gilet Ulfrotte

-1 gilet Décathlon

-1 paire de Reef

-1 paire Trail Salomon

-1 paire de  sur-chaussures

-1 bonnet en laine

 

-1 duvet

 

Vélo

-1 lubrifiant vélo

-1 lampe DEL

-1 torchon

-1 pompe

-1 multi outil

-1 couteau suisse

-1 chambre à air

-2 pinces fluos

-1 compteur

 

 Divers

-1 trousse de pharmacie et une trousse de toilette

-1 serviette

-1 zip et de la lessive

 

-1netbook  et chargeur

-1 appareil photo et chargeur

-1 téléphone et chargeur

-1 paire de jumelles

-1 casque audio

+

Renvoyé au bout de 20 jours (jamais servi)

-1 tente

-1 matelas de sol

-1 réchaud

-1 popote + briquet +couverts + éponge

-1 poncho

-1 bâton pour tenir le vélo

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